La loi libertés et responsabilités des universités (dite LRU), votée durant les vacances universitaires (est-ce un hasard ?, discutée en juin et juillet, promulguée le 10 août) et contestée dès le début par nombre d’universitaires, d’organisations, et plus de la moitié des conseils d’université, fait seulement maintenant la une de l’actualité. On doit s’interroger sur ce traitement politique et journalistique d’une des questions majeures posées à notre société. Des constats, des analyses, des revendications formulées de longue date par les étudiants, par les enseignants du supérieur – reçus comme légitimes par tous les candidats des campagnes électorales du printemps dernier – étaient soudain devenus dérangeants et non représentatifs.
Dans cette peinture de carton-pâte du monde universitaire, certains s’illustrent plus que d’autres : le gouvernement – qui méprise et ignore toutes les instances universitaires tant locales que de régulation nationale tel le Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche (Cneser) –, le Conseil national des universités (CNU), une partie de la presse – le quotidien le Monde en première ligne – qui n’a pas une seule fois en six mois ouvert ses colonnes aux forces syndicales des enseignants-chercheurs des universités.
La scène ainsi peinte se réduit aux présidents d’université, à la conférence des présidents d’université (CPU), qui, plus ou moins, fédère les établissements autour des plus gros, et à certaines voix étudiantes ou de «personnalités». Ce débat confisqué, ce réel travesti revient ces jours-ci comme un boomerang.
Les débuts de la mobilisation étudiante, souvent spectaculaire par le nombre d’entre eux réunis dans les amphis, s’appuient sur un réel travail préalable d’explication du texte de loi, d’analyse du projet de budget 2008 concernant le supérieur et la recherche, et surtout sur la confrontation au vécu et aux aspirations. Aucun moyen nouveau n’a été attribué aux universités en septembre. Ni pour améliorer les conditions d’accueil et de réussite des nouveaux bacheliers à cette rentrée universitaire, ni pour rendre plus lisibles et cohérentes les formations, ni pour faciliter l’entrée dans les métiers de la recherche et de l’enseignement supérieur aux jeunes enseignants-chercheurs recrutés (à 1 600 € par mois) après plus de neuf ans d’études post-bac et des concours difficiles.
La loi est cohérente avec l’orientation «moins d’Etat» des économistes ultralibéraux ; elle organise un double désengagement : repli financier via le recours aux collectivités locales, aux fondations, aux individus (et à leurs familles) et à l’encouragement à substituer aux emplois statutaires des contrats de toute nature, pour toutes les fonctions, dans les établissements d’enseignement supérieur. Désengagement aussi des missions d’égalité, d’équité, de régulation, qui sont au cœur du service public. Les inquiétudes mises en avant par les étudiants sont fondées : inégalités territoriales et disciplinaires accrues, affaiblissement du rôle des conseils élus. Les formes et les rythmes des actions engagés contre la loi LRU sont à la mesure d’attentes sociales et professionnelles fortes. D’une manière certaine, tous les dispositifs qui prolongent la période d’activité des salariés actuels, qui retardent donc l’accès à l’emploi des jeunes adultes, les délocalisations, les reculs de l’emploi qualifié, sèment une désespérance à la fois démobilisatrice de l’investissement intellectuel requis pour les études et une colère qui aspire légitimement à s’exprimer. Les convergences des mouvements sociaux de cet automne sont révélatrices ! Les salariés des universités – enseignants-chercheurs, enseignants, personnels techniques et administratifs – voient, nombreux, dans la conjugaison de la loi LRU, du pacte pour la recherche de 2006, dans le budget 2008 sans aucune création d’emploi, une profonde remise en cause de leurs missions, de leurs statuts.
La négation même des universités comme lieux collectifs de travail scientifique et pédagogique échappant à la logique managériale n’est pas la moindre de ces remises en cause. Les spécificités, les rythmes propres des activités de recherche sont dénaturés par la logique des contrats de l’Agence nationale de la recherche (ANR), par la remise en cause des unités mixtes de recherche (UMR) (1), par les procédures de recrutement des enseignants-chercheurs. Une réelle contestation de cette loi s’organise. Elle prend de multiples formes : motions, assemblées générales, participation aux grèves et manifestations – en particulier le 20 novembre. Partout pour contourner, contrecarrer la loi, des initiatives sont lancées : à Rouen, à Amiens, au Havre, à Paris-VIII, à Paris-VI…
La situation actuelle des universités, plus largement de l’ensemble du système d’enseignement supérieur et de recherche en France, interdit le statu quo et exige démocratie dans les choix, audace dans leur mise en œuvre et confiance de la société à l’endroit des universitaires. Rien de tel avec la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche défendant un projet de budget 2008 qui ne consacre que 30 millions d’euros pour la réussite en licence… au motif qu’on ne peut donner des «crédits à fond perdus» et qu’il faut attendre ses choix futurs. Est-ce cela l’ambition ? La nouvelle responsabilité des établissements ? Ne dessine-t-on pas plutôt ainsi un système encore plus technocratique et centralisé, voué à une concurrence violente, où l’Etat renonce à toute régulation – si ce n’est à très bas minima – et à toute ambition ? Le gouvernement porte l’entière responsabilité de l’inquiétude, de la colère qui gagnent les campus universitaires. Il doit renoncer aux faux-semblants de concertation et à une loi largement contestée. Le budget 2008, amendé en profondeur pour prendre en compte les revendications des étudiants et des personnels, pourrait marquer au plus vite ces indispensables changements.
(1) Associées au sein d’un laboratoire des personnels et des financements universitaires et d’organismes.
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4 commentaires jusqu'à présent
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Tous ce que je peux dire à propos de ces blocages c’est que l’on prends les étudiants en otages, on nous prive de nos droit d’étudier.En quoi les syndic étudiants et ceux qui prennent part à ce mouvement nous aident? Vous ne nous aidez pas, vous nous enfoncez, tout ça pour de la politique??? une loi??? voté quand??? en aout…bien joué encore! Vous avez ce que vous voulez. C’est ignoble, peut importe ce que les bloqueurs pensent sur ceux qui sont contre, mais vous n’aidez personnes, si vous êtes autant à être mobilisés c’est grâce aussi à ceux qui vous suivent comme des moutons, ils ne savent rien sur le but de cette loi ou suffisament pour se dire que ça vaut le coup de rater des cours, de changer leur train train. Tout ça me dégoute, l’image des fac va encore en prendre un sacré coup. Mais bon défendez vos idées on est en France :Liberté de bloquer les fac, Egalité?..Fraternité? ça reste à voir…
Commentaire par dadie novembre 14, 2007 @ 4:17On a payé 400 euros de frais d’inscription pour avoir droit à un demi premier semestre de cours, trois semaines de vacances, et des partiels foirés.
Au moins était-il là à la dernière AG et son intervention assez correcte.
Commentaire par Nico37 novembre 14, 2007 @ 10:06Grèves solidaires.
(signatures (Nomp, Prénonm, Statut, Etablissement/Organisme à envoyer à solidarite-greve@club.fr)
Les grèves de 1995, les mobilisations sociales de 2003, le « Non » de 2005 au Traité constitutionnel européen, le mouvement contre
Commentaire par Nico37 novembre 15, 2007 @ 11:13le CPE de 2006 ont contribué à freiner en France la contre-réforme libérale qui l’a emporté partout en Europe. Aujourd’hui, Sarkozy
et son gouvernement veulent faire de la grève des cheminots et du mouvement dans les universités un test. S’ils parviennent à les
briser, ils espèrent avoir les mains libres pour faire passer au pas de charge le train de réformes annoncé sur le droit du travail,
sur le système de santé, sur la protection sociale.
Ils engagent pour cela une bataille d’opinion visant à diviser et opposer ceux qui se lèvent tôt à ceux qui sont supposés se
prélasser sur le mol oreiller de l’assistanat, le secteur privé au secteur public, les méritants aux récalcitrants, les étudiants
studieux aux insoumis. C’est pourquoi l’offensive gouvernementale commence par la remise en cause des régimes dits « spéciaux »
présentés comme un privilège contraire à l’égalité, mais elle se poursuivra par l’augmentation pour toutes et tous de l’âge de la
retraite, par la privatisation des services de santé et des assurances contre la maladie et la vieillesse, au détriment de la
protection sociale par répartition.
Les cheminots ne luttent pas seulement pour défendre un droit à la retraite obtenu en raison de la pénibilité de leur travail. Ils
luttent aussi, comme les employés du métro, les postiers, les électriciens, les personnels de santé, les enseignants, pour défendre
ce qui reste de service public contre la concurrence débridée de tous contre tous. La double défense de la solidarité sociale et des
conditions de l’autonomie de chaque individu passe au contraire par un partage du temps de travail sans perte de salaire, par le
maintien du droit d’accès à la retraite égal dans le privé et le public, tenant compte de la pénibilité du travail, par un retour
aux 37,5 annuités pour tous.
En soutenant les mobilisations des salariés, la communauté universitaire ne fait pas seulement acte de solidarité. La loi mal nommée
d’autonomie des universités ne les soustrait aux tutelles étatiques que pour mieux faire croître parallèlement l’arbitraire
bureaucratique et féodal de présidents d’universités imitant le management des entreprises privées, et la dépendance à l’égard des
marchés. Elle amorce une logique de démantèlement de l’enseignement supérieur public, d’augmentation des droits d’inscription des
étudiants, de fragmentation du corps enseignant, de subordination aux lois de la concurrence et aux caprices du marché du travail.
Elle affaiblit le droit à l’étude et l’espace public d’éducation.
Tels sont les enjeux de la bataille sociale engagée.
C’est pourquoi, non seulement nous nous déclarons solidaires de la grève des cheminots et des universités en lutte, et manifesterons
à leur côté, mais nous participerons à une mobilisation d’ensemble et à une convergence de ces luttes pour la journée de grèves du
20 novembre dans la Fonction publique et au-delà.
Dadie, l’info est faite régulièrement en début f’AG, il y une table de presse dont l’excellent Capital (non, ce n’est pas une blague !), tout le monde s’étant rendu une fois en AG et à condition d’être curieux sait pourquoi il se bat.
Commentaire par Nico37 novembre 15, 2007 @ 11:15Ensuite, par rapport à 1997, les frais d’inscription ont doublé, tu crois que l’inflation en 10 ans était de 100% ?